Chaque jour, chaque jour je tue
Je coupe, je zigouille, j’égorge
Je tord, j’arrache, je ponctue
La vie dont un corps regorge

Un cheval ou une tortue
Un chêne, un chien, un brin d’orge
Une truite, un lion, une laitue
Une limace ou bien cousin Georges

J’ai beaucoup de compassion
Je ne tue pas par plaisir
Je ne tue pas par passion
Je ne tue pas par délire

Un par jour, pas davantage
J’apprends avec application
Pour être prêt lors du présage
De ma propre disparition

Je lui donne le coup fatal
Et je l’observe mourir
J’écoute ses derniers râles
Jusqu’à son dernier soupir

J’étudie avec précision
Son corps se plier, souffrir
Jaillir le sang de l’incision
Et ses pétales se flétrir

J’ai beaucoup de compassion
Je ne tue pas par plaisir
Je ne tue pas par passion
Je ne tue pas par délire

Un par jour, pas davantage
J’apprends avec application
Pour être prêt lors du présage
De ma propre disparition

Je guette ce moment où l’âme
Ou quelque chose de similaire
Semble remercier ma lame
De l’avoir fait quitter la chair

Je note mes observations
Je décris chaque organe qui bouge
Un répertoire de sensations
Dans un petit carnet rouge

J’ai beaucoup de compassion
Je ne tue pas par plaisir
Je ne tue pas par passion
Je ne tue pas par délire

Un par jour, pas davantage
J’apprends avec application
Pour être prêt lors du présage
De ma propre disparition


Année de création : 2019 ?
Instruments : Guitare


illustrations © Anna Kuch