Quand un oiseau s’envole
Que reste t-il de lui ?
Combien de temps au sol
L’empreinte de la pluie
Demeure. Et nos paroles
Quand il n’y a plus de bruit
Tout finit, tout s’étiole
Et pourtant tout revit
Comme apparaît l’alcool
Dans la saveur du fruit
Tout prend le temps de naître
Et de se séparer
Rien ne va disparaître
Mais tout se délier
Nous ne seront qu’un être
De terre et de fumée
Unis aux grands vautours
Unis aux éperviers
Unis à ces amours
Qui nous ont désirés
Bientôt nos corps ensembles
Ne seront plus qu’un seul
Bientôt nos peaux qui tremblent
Seront sous un linceul
De glace, de feu, de cendres
Ou d’un tapis de feuilles
Que faut-il sauf attendre
Que cet instant nous cueille
Progresser sans comprendre
Qu’on est toujours au seuil
Avec patience

Vouloir devenir grand
Mais chercher le contraire
Redevenir l’enfant
Au centre de sa mère
Désirer des moments
Plus qu’extraordinaires
Poursuivre bien souvent
Les plaisirs, les mystères
Mélancolie d’un temps
Qui n’est qu’une chimère
Ce temps où l’on cueillait
Les groseilles sauvages
Ce temps où l’on avait
La frayeur des orages
Ce temps où l’on croyait
Deviner les présages
Les signaux de fumée
Les oiseaux de passage
Nos rêves du passé
Ne sont que des mirages
Comme vous, comme moi
Comme nos différences
Comme nos éclats de voix
Qui frôlent les silences
Comme ce désarroi
Devant nos cœurs qui dansent
Et qui s’agitent en vain
Esclaves de l’absence
Devenons souverains
De nos chemins d’errance
Avec patience

Car celle qui viendra
Sans jamais se presser
Si vite de ses bras
Viendra nous enlacer
Elle nous accordera
Notre dernier baiser
Puis avec diligence
Saura sans hésiter
Vers ce destin immense
Enfin nous inviter
Elle marche sans s’arrêter
Chaque pas nous rapproche
Les os de ses poignets
Tintent comme une cloche
Notre air déterminé
Les couteaux dans nos poches
Seront vite émoussés
Dès la première encoche
Mieux vaut se régaler
Des miettes de brioche
Donne-nous les rivières
Donne-les-nous à nouveau
Donne-nous l’éphémère
Donne le goût de l’eau
De tout ce qu’il faut vivre
Donne-nous le plus beau
De tout ce qui enivre
Donne-nous les ruisseaux
De tout ce qui enivre
Donne-nous les ruisseaux
Et de la patience

Rédigée en Automne 2025 lors de résidences à la Maison-Matrice et au Glaucal.
La musique est venue, l’intuition d’une chanson qui s’assume sans dérision, pour parler (comme souvent) d’amour, de désir, et de mort.
Le mot “patience” s’est imposé très vite, comme une invitation à regarder ce qui est autour de soi, et à avoir confiance dans la suite de l’histoire de vie.
Puis le texte s’est articulé, peu à peu, autour de désirs d’union, dans l’amour et dans le tout (ce que ma psy appelle désir d’homéostasie). Le mot patience a imposé le temps.
Une mort non pas comme une fin absolue donc, mais plutôt comme un lien.

illustrations © Anna Kuch
